Pendant longtemps je n'ai pas regretté d'être une femme.
Plus jeune, je ne concevais pas la situation comme relevant d'un désacord possible avec la nature même de mon être. J'étais ce que j'étais, point. Lorsque je me suis rendue compte que j'aurai toujours de fortes douleurs pendant que la lune serait rouge pour moi, je ne l'ai pas regretté non plus. Quand j'ai compris par là même que je souffrirais énormément pour mettre un enfant au monde, je n'ai pas regretté non plus. Les désagréments liés à la période pleine ne m'affectaient que peu. je grandissais, et j'étais en train de me transformer. Cette transformation me plaisait.
Et un jour, il m'arriva l'Incident.
Ce jour-là, si je n'avais pas été une femme, je serais passée le long du chemin sans emcombre, mes fleurs à la main, la camionette m'aurait doublée, et voilà tout.
Ma vie aurait pris un tour très différent. Ou plutôt, elle aurait suivi son cours, plus naturellement.
Jamais je ne me serais retrouvée ce jour là à pleurer toutes les larmes de mon corps et de mon coeur, prostrée dans un parking désaffecté sans comprendre ce qui venait de m'arriver. Jamais, quelques mois plus tard, je ne me serais retrouvée par ma volontée attachée par terre, les yeux vides, rouée de coups, des cheveux arrachés à pleines poignées, dans une chambre anonyme portant le numéro 46, par cet homme tellement plus âgé qui m'appris le peu qu'il me restait à apprendre. Jamais je n'aurai été aussi brisée, jamais les gens n'auraient voulu m'aider, et jamais je ne les aurais entraîné dans ma chute.
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Néanmoins, je crois que je m'égare.
Le jour de l'incident, si je n'avais pas été une femme, peut-être que (Oh, sans doute). Entendons, un individu de sexe féminin, car à proprement parler, je n'étais encore qu'une enfant. Il me faudra du temps avant de devenir une femme, à présent.
C'est ce jour là, que j'ai regretté par dessus tout.
Et à présent, chaque jour, je crois que je regrette.
Je rêve tellement de fois, je fais tellement de rêves désagréables liés à ma féminité, et à ma relation de l'Autre (l'Autre, c'est Lui à présent) avec mon apparence... tellement de rêves désagréables liés à l'enfantement aussi.
Je rêve que j'entends un enfant pleurer loin au bout d'un tunnel, et viscéralement, je sais que cet enfant est le mien; je sens qu'il a besoin de moi. Alors, dans un couloir immense et noir je cours, je cours pour aller le chercher. Je débouche dans une salle obscure, et je me rends compte que j'ai un couteau dans la main. je le serre fort, et m'avance vers le centre de la pièce. Elle est couverte de parquet, et au milieu tombe une lumière blafarde, qui éclaire quelque chose de rouge. je m'approche, et je vois qu'il s'agit du cadavre rachitique d'un foetus, quasiment d'un enfant mort né. Il a un regard vide, blanc, et git sur un tas de viande sanglante. Mon ventre se met à me faire mal à en mourir; je le regarde et vois un trou énorme. je comprends à ce moment que cet enfant est le mien, est posé sur mes ovaires qui viennent de m'être arrachés. je me mets alors à me poignarder le ventre, avec rage et violence, désespérément.
Et enfin, je me réveille, le coeur au bord des lèvres, avec un seul désir, qu'Il me serre dans ses bras, qu'il me dise qu'il ne s'agit que d'un rêve. Ca me fait tellement mal.
Et pourtant, Il n'est pas là. Alors je me love et m'entoure de mes bras, en essayant de m'endormir vite, avant de me mettre à pleurer.
Puis, je rêve que je suis enceinte. Dans mon sommeil, je passe ma main sur mon ventre; je crois que je souris, je crois que je suis contente. Toujours dans mes rêves, c'est un état heureux. Et, Il arrive, et Il me dit qu'Il ne me trouve plus belle du tout de la sorte, qu'Il ne me désire pas, et qu'Il ne sait pas s'Il m'aime encore. Je le regarde avec des yeux gris, et je me détourne avec indifférence; car toujours je paraîs indifférente, même quant aux coups les plus durs, même quand mon être saigne à en mourir.
Je me réveille, et malgré la réalité, mon être continue de saigner. Et Il n'est toujours pas là pour me rassurer.
La journée, j'y pense, et je me sens si angoissée. Je n'essaye même pas de lui en parler.
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Elle m'a dit que j'avais de sacrés problèmes avec mon moi ainsi qu'avec la relation aux autres, et que quoi que je montre comme visage aux gens, j'étais complètement névrosée. Elle m'a dit que j'étais malade.
Je ne sais pas si je suis malade. Mais, j'aimerai tellement arrêter de me torturer moi-même...
Seulement, je ne veux pas que les gens sachent. je ne dis rien aux gens. Ai-je tort?
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Avec ces rêves en ce moment, je regrette encore plus d'être ce que je suis. Je n'arrive pas à en parler. Mais, pourquoi en parlerais-je? Qui peut comprendre? je ne comprends pas moi-même, mais l'incompréhension qui viendra de l'autre me fera mal.
J'aurai aimé
Rester une enfant.
Puis, j'estime que la femme est un chef d'oeuvre. Si elle ne l'est pas, elle doit tout faire pour le devenir, et être Parfaite. Médiocre, mauvaise et hypocrite, elle tâchera de compenser, et d'offrir du Beau. Elle le sera, parfaite.
Et plus ça va, plus je sais que je ne serais jamais un chef d'oeuvre. La perfection est une donnée qui me semble venir de la lune, ou d'une étoile encore plus lointaine, en ce qui me concerne.
Les gens me disent que je suis une femme. Je leur réponds toujours que non, mais ils haussent les épaules d'un air moqueur en rétorquant que si. Pourtant non, je ne suis pas une femme. Avant, j'étais une enfant, et j'ai perdu mon innocence. Mais ils ont tué en moi la femme que j'allais devenir. Je ne sais pas trop ce que je suis, à présent.
Je crois que je ne suis tout simplement pas capable d'accéder à ce que j'attends de mon état. Alors, sans doute suis-je en train de fuir. Seulement, je ne sais même pas ce que je dois affronter.
Je crois surtout que je ne vais pas bien.
Ca m'ennuie.